« Guérir son enfant intérieur. » « Se plonger dans un dialogue intérieur. » « Se connecter à son être intérieur. » « Combler son vide intérieur. » « Retrouver la paix intérieure. » « Rassembler les conditions de la guérison intérieure. » « Laisser renaître l’enfant intérieur. » « Opérer avec l’ego intérieur. » « Libérer le hamster intérieur. » « Trouver la paix intérieure. » « Rencontrer son chamane intérieur. » « Sortir du labyrinthe intérieur. » « Réveiller le bébé intérieur. » « Entrer en relation avec son parent intérieur. » « Écouter son monde intérieur. » « Découvrir son âge intérieur. » « Pourrir de l’intérieur. » « Maîtriser l’ennemi intérieur. » « Se réconcilier avec son enfant intérieur. » « Bâtir le couple intérieur. » « Voyager dans l’espace intérieur. » « Entrer dans la lumière du Dieu intérieur. »

Il est assez remarquable de constater à quel point le marché de l’intériorité prend de l’expansion en ce XXIe siècle trouble. Les appellations se multiplient à grande vitesse, les méthodes pullulent. C’est un phénomène qui s’inscrit dans l’implacable logique du narcissisme social : les grandes valeurs collectives s’étant en bonne partie effondrées lors du siècle dernier, les individus tendent aujourd’hui à se replier sur eux-mêmes, devenant de plus en plus soucieux de leur épanouissement personnel. À cette fin, les conflits de l’existence sont souvent réinterprétés à l’aune d’une logique psychologisante, qui fournit à chacun l’occasion de travailler sur ce fameux intérieur. Devant cet intriguant foisonnement, il me semble que le philosophe ne peut faire autrement que de lancer un regard inquisiteur, pour ne pas dire méfiant.

Oui, la question mérite d’être posée: en quoi consiste donc cet intérieur ? Cela semble évident au premier abord, mais dès que l’on se penche un tant soit peu sur les articulations de ce concept, on se rend compte que tout n’est pas si simple. Nous pourrions d’abord affirmer, sans trop y réfléchir, que notre intériorité correspond à notre esprit, au monde de nos pensées. Après tout, il s’agit d’une hypothèse de départ qui ne paraît pas si loufoque. Mais pourquoi pouvons-nous dire que nos pensées sont intérieures ? Est-ce parce que leur existence est rendue possible par les mécanismes cérébraux qui ont cours à l’intérieur de notre boîte crânienne et aux mécanismes de notre corps en général ? Ma foi, même si le lien de causalité qui vient d’être énoncé est exact, il ne suffit pas pour autant à faire de nos pensées quelque chose d’intérieur. Nos matières fécales sont produites par des processus qui se déroulent à l’intérieur de notre organisme. Traduisent-elles pour autant notre intériorité ? Bien sûr que non.

Évidemment, nos pensées ne sont pas des matières fécales. Il pourrait même facilement nous prendre l’envie de dire qu’elles ont une nature toute spéciale – par exemple qu’elles ont le pouvoir d’exprimer le fond de notre être. Songeons seulement à l’œuvre du poète : n’est-elle jamais que la traduction de ses abysses intérieurs, de ses élans, de ses sentiments ? Mais à cela s’oppose l’argument de Ludwig Wittgenstein, qui souligne que le langage est une affaire de convention, et que nos discours se construisent à partir des usages qui sont sanctionnés par la pratique collective. Si nous affirmions au contraire que nos discours consistent en une traduction directe de nos sensations, émotions, sentiments ou affects, alors il nous faudrait aussi admettre, non sans une bonne dose d’absurdité, des règles langagières relevant de l’arbitraire individuel. Or, le fait est qu’aucun langage ne peut s’édifier à partir de telles règles.

Intériorité2

Pourtant, l’intuition nous fait persister ici : il semble s’imposer à l’esprit qu’un poème doive receler quelque chose d’intérieur. Seulement, peut-être qu’il nous faut réorienter le cours de notre recherche. Que faisons-nous depuis le début de cette enquête ? Nous tentons d’apercevoir l’intériorité comme s’il s’agissait de quelque chose de substantiel, comme si elle était logée au tréfonds de chaque individu, et qu’elle constituait quelque chose comme un Moi transcendantal. Mais la remarque de Wittgenstein nous interdit de soutenir cette idée plus longtemps. Maintenant, si l’intériorité ne peut être transcendante, alors pourrait-elle être une chose immanente, c’est-à-dire qui est partout autour de nous mais qui demeure plus ou moins invisible, pour différentes raisons ? Le poème agirait alors comme une sorte de chemin de traverse nous permettant de pénétrer au cœur de cette nature invisible des choses.

Mais en quoi peut bien consister une telle nature invisible ? Est-ce tout simplement le monde de la fantaisie – celui des fées, des licornes et des farfadets ? Bien sûr que non, car la fantaisie n’est que la forme de la poésie. Elle est le moyen que cette dernière emploie pour arriver à sa fin, laquelle consiste à faire voyager l’esprit en-deçà de la réalité. J’entends par réalité le petit monde des objets, des nécessités, de l’utilité, des calculs et de tous ces rapports que nous établissons entre les choses et qui nous permettent d’exploiter les ressources du monde (y compris les ressources humaines). Or, nous avons besoin de nos calculs pour vivre, cela est indéniable. L’un des propres de l’homme est d’exploiter le monde qui l’entoure à son usage. Mais d’un autre côté, nous avons aussi besoin de sentir la vie jaillir en nous dans sa gratuité, sa spontanéité, sa superfluité, parfois même dans sa violence, en dehors de tout rapport de sujet à objet. C’est précisément ce que j’entends par nature invisible des choses: non pas quelque monde métaphysique parallèle (Dieu nous en garde !), mais plutôt quelque chose comme un état primal de l’existence; le déploiement brut de celle-ci, où nous nous sentons, pour utiliser une expression de Georges Bataille, « comme de l’eau dans de l’eau ».

La poésie a précisément pour effet, me semble-t-il, de nous rappeler à cet état. Nous serions tentés de dire « voilà à quoi sert la poésie » mais, précisément, il faudrait plutôt dire « voilà en quoi elle est foncièrement inutile », si par « utile » nous entendons la propriété qu’une chose peut avoir d’être exploitée par l’homme ou de servir à l’exploitation d’une autre chose. La question de l’utilité de la poésie se dissout dès lors que nous sommes frappés par la fulgurance de quelque concoction poétique. De la même manière par exemple qu’en regardant l’éclair écorcher un ciel orageux, nous redevenons enfants pendant l’espace d’un instant, et que toutes les questions au sujet des tenants et aboutissants de la foudre s’évanouissent d’elles-même. Telle est la poésie, lorsque nous daignons nous y laisser glisser. Et, ajouterais-je, semblable est l’existence, lorsque l’esprit de calcul n’éteint pas son aveugle jaillissement.

Fractal3

L’intériorité consisterait donc en cette nature invisible des choses, ce monde poétique recouvert par la toile de nos calculs d’êtres industrieux, mais qui n’en cherche pas moins à venir se déverser dans la réalité que nous érigeons à même ces calculs. C’est sans doute à cause de ce recouvrement que les expressions qui désignent nos rapports avec le monde invisible empruntent la forme langagière de l’intériorité. Par exemple, l’homme à qui l’on suggère d' »écouter davantage son monde intérieur » risque sans doute de se trouver plus ou moins prisonnier de sa réalité et de sa propension à calculer les conditions de son existence objective. Par conséquent, il doit apprendre à s’abandonner à la vie ou même encore – puisque les choses se déploient parfois avec violence, de se laisser foudroyer par la vie. Car le propre du monde invisible est effectivement de chercher à filtrer au travers des fibres de la réalité (ce faisant, elle lui donne d’ailleurs tout son sens). Nous connaissons bien la forme de ces décharges: rires, moments de poésie, amours torrentiels, extases de la chair, cris de triomphe, emportements spirituels, etc.

Le cas du « grand vide intérieur » a quant à lui la particularité de se référer au « monde intérieur » d’une manière indirecte seulement. Il serait d’ailleurs absurde d’affirmer que l’immanence dans laquelle nous baignons est vide. Aussi, le « vide » en question réside plutôt dans le système rationnel que l’individu se donne afin de contenir l’immanence qui menace constamment les acquis du monde des objets. Or, si l’individu s’identifie exclusivement à son système rationnel et qu’il s’y tient avec rigidité, alors il risque effectivement d’éprouver çà et là une intense sensation de vide, ne bénéficiant plus du déversement de l’immanence qui seule a le pouvoir de remplir sa vie. La meilleure illustration de ceci se trouve dans la conception moderne de la liberté, laquelle est, on le sait, foncièrement négative. Ainsi les hommes de la modernité – que nous sommes encore à bien des égards – œuvrent si bien à définir et à mettre en place les conditions à l’intérieur desquelles la liberté est censée s’exercer, qu’ils en oublient souvent en quoi consiste cet exercice. Les moyens – argent, temps, relations – sont accumulés au profit d’une entreprise dont la fin, parfaitement absurde, ne consiste qu’en sa propre expansion. Or, ne disons-nous pas précisément de telles entreprises qu’elles « tournent à vide » ? Par suite, l’homme qui fait de sa vie une grande entreprise d’accumulation de moyens – ne serait-ce que de temps (une richesse aussi futile que convoitée) risque également de tourner à vide, de ressentir un « grand vide intérieur ».

Toutes ces joyeuses pensées nous amènent à considérer avec circonspection les esprits qui tentent de faire de l’intériorité une sorte de lieu fermé, et de l’aménager avec moult rapports d’objets conceptuels et de calcul. Je pense notamment à tous ces saltimbanques de l’âme qui trouvent le moyen de nous lier aux superstitions les plus grotesques par des pirouettes conceptuelles échevelées, sensées établir ce qui sourd au plus profond de nous. Mais, comme l’enseignent d’ailleurs les techniques de méditation et de pleine conscience, le fond de ce que nous sommes n’est finalement jamais constitué que par le monde qui nous entoure. Voilà peut-être une bonne raison de l’aimer.

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7 réflexions sur “Dompteur à la recherche de l’intériorité perdue

  1. J’ai bien aimé. Il faudra que je relise un jour où j’aurai plus de temps pour y réfléchir.

    Je laisse malgré tout ce commentaire car en première lecture vous touchez à deux de mes préoccupations: ce sont des mots que je n’ose pas utiliser, « la poésie » et « l’individualisme ». Le premier, la poésie, parce que je ne sais pas trop quoi en faire. Il faudra que le relise je ne sais plus quel traité d’Aristote car il y a peut être une réponse: ce pourrait être un outil mnémotechnique… Le second, l’individualisme, car il peut se voir selon des angles opposés et c’est donc un mot dangereux. Pourtant, Il me semble que c’est bien là le sujet que vous abordez ici, bien que vous n’utilisiez pas ce mot.
    Peut-être un jour offrirez-vous quelque chose traitant de ces sujets?

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    1. Ah ! Je sens que vous êtes sceptique quant à mes supputations au sujet de ce qu’est la poésie ! En fait, dans une version brouillon de l’article (le texte a subi un nombre ridicule de mutations), je développais sur ce en quoi peut consister le geste langagier poétique. Mais je me suis rendu compte que ce sujet touffu était trop envahissant et distrayait du propos principal. C’est du matériel pour une autre réflexion, en effet.

      Merci pour le tuyau sur l’individualisme. C’est vrai que je tourne autour de ce sujet sans le nommer. Vous me mettez sur la piste de réflexions qui s’annoncent fascinantes !

      P.S.: vous parlez sans doute de la Poétique d’Aristote ?

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  2. Le sujet ne m’a pas laissé en paix et je reviens donc plus rapidement que prévu.

    Tout d’abord, j’ai des difficultés avec les mots « immanent » et « transcendant » alors j’ai voulu répondre à la question « l’esprit est il immanent ou transcendant ? ». Je l’ai fait sur mon blog (https://lantiopinion.wordpress.com/2018/01/01/lesprit-est-il-immanent-ou-transcendant/). Il n’est ni l’un, ni l’autre, ce n’est qu’un mot. Pour le « moi », la réponse est sans doute proche, mais le sujet est un peu plus difficile.

    La poésie, ou tout autre chose spirituel, ne vient pas de moi, ni d’un dieu, mais des hommes. Je prendrais un exemple qui me convient mieux. Est-ce qu’Einstein a inventé la théorie de la relativité? Est que cela lui est venu de l’intérieur? Si oui, comment expliquer que d’autres aient pu l’imaginer avant lui (https://fr.wikipedia.org/wiki/Controverse_sur_la_paternit%C3%A9_de_la_relativit%C3%A9)? Sachant qu’il est improbable qu’il est simplement « copié » leurs travaux… Ce qui provient de l’intérieur n’est que le fruit de ce que nous avons perçu. Nous ne pouvons imaginer que ce que d’autres auraient pu imaginer. La cause de ce que nous imaginons provient donc de l’extérieur et le fait que quelqu’un l’imagine est lié au hasard (de ce que nous avons perçu) ET d’un mécanisme d’association de nos perceptions que nous ne saurions pas ou ne savons pas identifier dans le cerveau humain.

    Je pense que vous êtes passés trop vite sur « cette affaire de convention ». Le collectif est celui d’un groupe d’individus, pas celui de la collectivité (de la société). Imaginons que le langage se compose de 50 mots, tout le monde les connaît et peut les utiliser, il n’y a pas de distinction entre l’intérieur et l’extérieur. Nous n’avons pas besoin de chercher notre intériorité. De nos jours, nous sommes dans une société où le langage se compose de millions de mots, chacun en connaissant une petite partie selon les « collectivités » auxquels il appartient. Notre intérieur n’est plus l’extérieur et celui des autres n’est plus le nôtre, sauf cas exceptionnel. Il est donc fréquent que nous disions n’importe quoi, des choses que d’autres ne peuvent pas comprendre.

    Ceci explique pourquoi nous pourrions vouloir chercher quelque chose à l’intérieur de nous. La difficulté est de savoir ce que nous pouvons y trouver. Cela nous ramène peut-être à « Nous ne philosophons jamais que sur la distance qui nous sépare des autres. » Nous ne pouvons trouver à l’intérieur de nous que ce qui nous sépare de certains autres…

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    1. Votre explication de l’intériorité par les variations lexicales de chacun est intéressante. Et je dirais même que ces variations vont au-delà du quantitatif: il y a aussi l’usage des mots qui se charge éventuellement de plein de petites nuances qui ultimement sont propres à chacun. Cela est particulièrement visible en philosophie, où parfois de menues divergences lexicales entre deux interlocuteurs peuvent mener aux débats les plus vifs.

      Si je voulais être tenace, je pourrais sans doute imaginer une théorie langagière où je dirais que c’est le monde des objets qui s’exprime dans l’usage de lexiques normalisés, tandis que c’est le monde poétique qui s’exprime dans toutes les petites subversions que nous faisons subir à ces lexiques – des petites subversions qui nous font passer du lexique normalisé à des lexiques particuliers, puis vers le lexique complètement subverti de l’individu (ou du moins qui n’est accompli comme tel que chez le poète).

      À explorer dans un prochain article ?

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      1. Je me rends compte que j’ai « loupé » cette réponse. Je détaillerai sur mon blog… bien plus tard. « L’esprit commande le corps ». C’est donc le « ce que nous pourrions savoir dire (nous avons appris à faire ce que d’autres savent dire, mais nous pourrions ne pas savoir le dire) qui commande le corps ». Pour la poésie, il me semble que vous supposez que nous ayons (que le poète a) un esprit, alors que ce n’est qu’un mot. En disant que l’imagination est une faculté de l’esprit, ne disons-nous pas que c’est une cause de l’esprit (ce qui l’enrichit)? Or, il me semble que le poète ne créé pas de nouvelles façons de « commander le corps ». C’est le domaine de la science et, peut-être, de la philosophie. S’il n’enrichit pas l’esprit, il enrichit peut-être les individus en mettant « en musique » l’esprit. Je préfère le mot « imagination » (qui crée quelque chose) à « subversion » (qui le transforme). Le français n’est pas issu de l’imagination c’est un ensemble de petites subversions du latin, non?

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  3. J’ai composé ce commentaire en lisant votre article de blog mais je le colle ici étant donné qu’il est pertinent à la suite de l’article:

    J’aurais eu tendance à dire que la transcendance désigne des rapports unilatéraux entre une chose et une autre (elle se déploie dans la verticalité), alors que l’immanence dénote plutôt des rapports de mutualité (elle se déploie dans l’horizontalité). Dans certaines philosophies, l’âme est une substance transcendante au monde des corps (incluant le corps du sujet). L’esprit se pose alors comme le lieu de la médiation entre les données de l’extérieur et les commandements de l’âme (ce que l’on nomme le « libre-arbitre »).
    Mais voilà: cette philosophie de la transcendance est réfléchie avec des mots, et les mots sont foncièrement imperméables à la transcendance, dans la mesure où ils relèvent déjà d’une médiation – celle des rapports humains. Si l’on se rabat alors sur la position de défense qui consiste à dire que l’âme est l’indicible en soi, on tombe sur l’absurdité d’un concept inopérant mais qui a secrètement pour fonction d’être le support de superstitions diverses.
    Il faut donc admettre que la médiation de l’esprit se fait entre des choses qui sont juxtaposées, et non superposées. La question se pose toutefois de savoir en quoi peut consister l’intériorité. Ma proposition est qu’elle consiste en une expérience brute de l’existence que la médiation de l’esprit, qui est aussi une construction, vient recouvrir.
    Le problème fondateur des rapports entre la pureté d’une âme (relevant éventuellement d’une quelconque divinité) et l’impureté du monde matériel se trouve alors changé en un problème des rapports entre l’expérience brute des choses versus la codification de cette expérience. Le défi n’est plus d’arriver à faire advenir la vérité, la pureté morale dans le monde, mais simplement de concilier la simplicité de l’existence avec les complexions de notre monde d’objets.
    La vie est une eau qui coule et les êtres sont des poches d’eau dans l’eau. Nous humains érigeons tout un système de digues afin d’avoir une certaine prise sur la manière dont s’écoule cette eau. Le poète est une espèce de spécialiste de l’eau. Il nous rappelle à sa nature. Le scientifique est un spécialiste des digues. Le philosophe pourrait-il être considéré comme un spécialiste de l’écoulement ?

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