Dans plusieurs articles précédents, je me suis intéressé au thème de la rhétorique et ce, de la manière la plus étrange. Moi-même, je me surprends de ces incursions. La rhétorique devrait normalement être un thème honni de tout philosophe sain d’esprit, puisque celui qui s’y associe risque de miner sa propre crédibilité. Il y a malgré tout quelque chose qui me turlupine (et qui me turlupine encore !) à ce propos et qui me force à aller patauger dans ces eaux troubles. Cela tient peut-être à ce que l’un des reproches que l’on adresse souvent à la philosophie est de ne constituer qu’une sorte de vague caprice spéculatif qui ne se se fonde sur rien de solide, de n’être qu’un vain exercice de l’esprit. C’est une critique qui s’est notamment intensifiée avec les progrès fulgurants de la science à partir du XIXe siècle. Pourquoi en effet philosopher si la science a le fin mot sur les tenants et aboutissants du monde qui nous entoure ?

Porté par un sens de l’humour aux innombrables degrés, je me suis décidé à prendre au mot ces contempteurs de l’auguste discipline en me demandant si effectivement la philosophie n’est pas après tout un simple exercice de rhétorique. Que le lecteur effarouché se rassure: je n’entendais pas le moins du monde céder quant à l’idée que la philosophie est une chose profonde, belle et essentielle à la vie humaine. Par conséquent, je me retrouvais dans la nécessité d’élaborer un concept de rhétorique au travers duquel puisse s’articuler la grandeur de la philosophie. Voici quels ont été jusqu’ici mes gains en la matière:

  • Dans Compréhension et réflexion, j’affirmais plus ou moins que pour qu’il y ait philosophie, c’est-à-dire réflexion profonde, et non seulement raisonnement, il faut que l’esprit soit intimement saisi et transporté;
  • Dans L’aurore de la pensée, je précisait que ce transport de l’esprit consiste en un passage de la nuit de la pensée, qui est l’élément de la poésie, au jour de la pensée, qui est l’élément de la logique. Or, je supputais que ce passage de l’un à l’autre est l’affaire de la rhétorique. Le philosophe vogue en effet entre l’imaginaire et la vérité;
  • Dans ma Considération intempestive sur le fond et la forme, je développais d’une manière plus compréhensive les idées qui avaient été précédemment esquissées. J’introduisais notamment le concept de geste philosophique – véritable unité de base du discours philosophique dont le rôle est habituellement attribué au raisonnement.

Depuis ces quelques efforts, certes modestes, le terrain est demeuré en jachère. Or, il est temps pour moi de reprendre le collier et de tirer à nouveau cette charrue rhétorique. Qui sait, peut-être que la récolte sera bonne…

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